Nous sommes dans la première moitié du XVIIIème siècle, un débat passionné à propos de la forme de la terre anime les académies des sciences française et anglaise. La question est de savoir si la Terre est aplatie aux pôles ou à l’équateur.
Deux hypothèses s’affrontent :
- Isaac Newton défend l’aplatissement aux pôles : s’appuyant sur sa théorie de la gravitation universelle, il prédit que la Terre, en rotation, doit être légèrement aplatie aux pôles et élargie à l’équateur.
- Jacques Cassini défend l’allongement aux pôles : s’appuyant sur le modèle mécanique de Descartes, qui suppose que la rotation terrestre doit « étirer » les pôles, il pense que la Terre doit plutôt avoir la forme d’un œuf.
Résoudre cette controverse est essentiel pour des raisons scientifiques, pratiques et géopolitiques :
Tout d’abord déterminer la forme de la Terre est fondamental pour confirmer ou infirmer la théorie de la gravitation universelle de Newton.
Ensuite cela a des implications directes sur les mesures de longitude et latitude, cruciales pour la navigation maritime et la cartographie, particulièrement dans une époque d’exploration.
Enfin l’Angleterre et la France sont en compétition sur le plan scientifique. Trancher cette question devient un enjeu national, chaque pays voulant prouver la supériorité de ses scientifiques.
Comment y apporter une réponse définitive ? En mesurant un degré de méridien (un segment d’arc du cercle terrestre) au pôle et près de l’équateur.
2 expéditions sont commanditées par Louis XV, soucieux de maintenir la France à la pointe des sciences :
- La 1ère, dirigée par Pierre-Louis Moreau de Maupertuis et Anders Celsius, se rendra en Laponie**.**
- La seconde, dirigée par Charles-Marie de La Condamine, se rendra en Equateur. Confronté à des terrains accidentés et au climat climat tropical, elle durera 10 ans.
Dans les deux cas la même technique, la triangulation, est utilisée pour effectuer les mesures.
Les résultats confirment les prédictions de Newton :
- La Terre est un ellipsoïde aplati aux pôles.
Ces 2 expéditions marquèrent une avancée majeure pour la géodésie et les sciences exactes, prouvant que la science expérimentale était essentielle à la résolution des grandes questions théoriques.
Elles contribuèrent également à améliorer les techniques de triangulation, d’astronomie et de cartographie mais surtout elles furent une grande démonstration de collaboration internationale et de persévérance dans la quête de la vérité scientifique.